LAISSE LES FILLES TRANQUILLES : interview des artistes

Cela fait un petit temps que je croise leurs affiches un peu partout dans Bruxelles. Féministe que je suis, ça a suscité ma curiosité. J’ai donc envoyé un message privé à la page Instagram @laisselesfillestranquilles pour leur demander de se rencontrer.

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Petite anecdote : j’étais dans l’interrogation totale avant l’interview car je ne savais pas combien de personnes allaient débarquer chez moi (je savais que le groupe complet allait venir). Et je ne savais pas si ça allait être des ‘’ils’’ ou des ‘’elles’’ ! Finalement, ce sont 3 jeunes bruxelloises super souriantes que j’ai accueillies dans mon appart !

Rebecca : Hello ! Comment vous définissez-vous ?

LAISSE LES FILLES TRANQUILLES : Nous sommes un collectif féministe. Nous avons commencé à coller des affiches il y a environ 6 mois, afin de lutter contre le harcèlement de rue et le harcèlement en général. Nous collons également des stickers et faisons des tags un peu partout dans Bruxelles, avec principalement le même message : « LAISSE LES FILLES TRANQUILLES ».

R : Pourquoi est-ce important de rappeler aux gens, aujourd’hui en Belgique, de laisser les filles tranquilles ?

LLFT : Car en Belgique, niveau actions féministes, on est vraiment en retard comparé à la France, par exemple. En plus, le harcèlement de rue est ultra présent à Bruxelles. On en a marre de fermer notre gueule ! On veut pouvoir rentrer chez nous sans stress, peu importe notre tenue et ne plus sentir ce déséquilibre entre les hommes et les femmes. On veut s’approprier la rue.

R : Vos affiches marchent plutôt bien visuellement…

LLFT : En fait, nous sommes toutes les 3 dans l’art et on a la chance d’avoir des qualités en arts plastiques. Dans notre groupe, il y en une qui fait du graphisme, qui est douée en techniques d’impression. D’autres qui font de la photo. Avoir un logo qui claque était hyper important pour nous. Lors de la création de notre logo, nous avons fait une recherche de typo, nous avons agencé les mots pour qu’ils rentrent dans un carré. Le slogan, par contre, on l’avait déjà trouvé il y a 4 ans. Ce qui est bien, c’est qu’il touche toutes les générations et tous les milieux.

R : Comment vous organisez-vous pour coller autant d’affiches dans Bruxelles ?

LLFT : On fait des rides que l’on prépare à l’avance. On sait où on va aller, quelle rue cibler, quel type de technique on va utiliser. On fait des réunions une fois par semaine pour préparer le ride d’après. Il faut, par exemple, créer les pochoirs, imprimer les feuilles, chercher des bombes. Et ensuite, pour un ride, on choisit un type d’affichage, car c’est compliqué de faire les 3 en une même soirée (affiche + stickers + pochoirs). Des fois, on fait des rides toilettes : on va dans tous les bars et on colle des stickers dans toutes les toilettes. En général, un ride, c’est de 11h à 4h du matin. Pour le moment, nous en avons fait une quinzaine ! Et à chaque fois, c’est comme une thérapie. Le sentiment est génial !

R : Préférez-vous rester anonymes ?

LLFT : En fait, on ne veut pas que les gens mettent un visage derrière nos affiches. « LAISSE LES FILLES TRANQUILLES », ça doit rester un cri de toutes les femmes, pas juste nous 3. Avant, on refusait même l’aide des filles qui nous contactaient sur Instagram pour faire partie de l’aventure. Maintenant, vu qu’on voit qu’on ne reçoit que des réactions positives, on se rend compte que ça ne nous sert plus à rien de rester 100% anonymes. On accepte donc à présent l’aide de celles qui veulent se joindre à nous !

R : Vos stickers ont été vus ailleurs qu’à Bruxelles

LLFT : Oui ! Anvers, Namur… Car sur Instagram, il y a plein de filles qui nous demandent qu’on leur envoie des stickers par la poste. Ce qu’on fait avec plaisir ! Ensuite, elles les collent dans leurs quartiers. Du coup, on touche plus de villes sans pour autant devoir se déplacer. C’est quand même beaucoup plus facile quand on est plus nombreuses.

R : J’ai déjà vu qu’on déformait le message de vos affiches, ou encore, qu’on les arrachait ?

LLFT : Il y a beaucoup de gens qui répondent, par écrit, sur nos affiches. Ils écrivent, par exemple « Ne t’habille pas comme une pute ». Ou encore, ils déforment notre message en « Baise les filles tranquille ». Ca dénonce tellement la société dans laquelle on vit. Par rapport aux affiches arrachées ou dégradées, on ne cherche pas à les remplacer. Ca fait partie du principe, c’est éphémère. On remettra des affiches ailleurs les fois d’après.

R : Ce que vous faites n’est pas 100% légal…

LLFT : Des policiers nous ont déjà vues, pendant la nuit, quand on collait nos affiches. Ils nous ont regardées et ont continué leur chemin. L’affichage est vachement toléré ! Ce qui l’est un peu moins, ce sont les pochoirs. Quand on est en ride, il y en a de toute façon toujours une qui fait le guet. Et dans tous les cas, on évite de placer nos slogans sur des maisons ou des propriétés privées.

R : Avez-vous une anecdote à raconter ?

LLFT : Oui ! A un moment, on était en train de coller une affiche à la Gare du Nord, et il y a quelqu’un qui est venu nous demander si on avait un compte en banque, pour nous faire une donation. Si on voit plus grand et qu’on ne peut plus se financer nous-mêmes, ce geste sera plus que bienvenu !

R : Quels sont vos futurs projets ?

LLFT : On part tout prochainement faire des rides à Paris ! Sinon, on va continuer à envoyer des stickers et affiches à celles qui nous en demandent sur Instagram, pour répandre notre message encore et encore. On aimerait également écrire un texte et le dicter dans les métros bruxellois pour prévenir les oppresseurs. On voudrait faire des collaborations avec des soirées. Créer des T-shirts et goodies afin de pouvoir financer plus d’affiches et stickers. On voudrait créer des livrets explicatifs. On voudrait faire des rides en journées également. Dans tous les cas, on est super motivées et on compte bien y aller à fond !

Rebecca Dreisziger

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