Interview anonyme: « J’ai décidé de changer de sexe »

Alice, 22 ans, s’est découverte homme en début d’année et a décidé de devenir Damien. A présent sous hormonothérapie, Damien a accepté de me donner plus de détails sur cette étape, si importante, de sa vie. Explications.

Interview Bastien 2 - copie

Pourquoi tiens-tu à ce que cette interview reste anonyme ?

Damien Dupond : Car j’ai envie qu’on me considère comme un homme à part entière. Je sais que ce sera plus compliqué pour les personnes qui m’ont connu femme, mais j’ai un espoir par rapport à mes futures rencontres. Donc, autant ne pas laisser de traces sur internet.

Tu es en couple avec une femme. N’est-elle pas dérangée de voir sa compagne devenir un homme ?

D.D. : Cela fait 3 ans que je suis avec ma copine. C’est marrant car, à la base, elle est vraiment attirée par les femmes plutôt féminines. Ce que je n’ai jamais été. Mais elle est tout de même tombée amoureuse de moi car, pour elle, c’est l’intérieur qui compte. Elle est très ouverte et accepte totalement mon changement de genre.

Comment a réagi ta famille quand tu leur as annoncé ton choix ?

D.D. : Mon entourage n’était pas très étonné car, de base, je ressemble déjà à un homme. On m’a déjà appelé  »monsieur » plusieurs fois dans la rue. Et par rapport à ma famille, j’ai de la chance car elle a très bien réagi. Ce n’est malheureusement pas le cas de toutes les personnes qui veulent changer de sexe. Je suis sur plusieurs groupes Facebook de transgenres et je vois des horreurs. Il y en a dont les parents refusent qu’ils prennent des hormones, d’autres dont les proches deviennent fous au point d’aller en maison psychiatrique.

Quelles sont les étapes pour changer de sexe ?

D.D. : Tout d’abord, il faut décider si tu veux choisir tes médecins ou si tu veux faire confiance à une équipe officielle, ce pour quoi j’ai opté. J’ai donc dû aller chez un psychiatre à qui je devais expliquer mon mal être et répondre, entre autres, sur papier, à des questions du style :  »Entendez-vous des voix ? » ;  »Est-ce que, quand vous vous retrouvez chez des gens, vous avez envie de voler des objets ? » ;  »Aimez-vous votre mère ? Si elle est décédée, l’aimiez-vous ? ». C’est en fait pour voir si tu as des maladies mentales. Par exemple, si tu es schizophrène, hors de question de prendre des hormones. Il faut également voir un psychologue tous les mois. Si tout est bon, tu as l’autorisation de commencer le traîtement. Le plus souvent, c’est sous forme de piqûre qu’il faut injecter dans la fesse environ chaque mois. C’est à faire à vie car jamais je ne pourrai produire ces hormones naturellement. Enfin, il faut faire l’ablation des seins, de l’utérus et des ovaires. Une fois passées ces opérations, tu es considéré, par la loi, comme étant un homme.

Comment ça se passe pour le moment ?

D.D. : Prendre des hormones peut rendre nerveux, agressif, irritable. Personnellement, je n’ai rien ressenti de la sorte jusqu’à présent mais ça peut toujours venir par la suite. Par contre, des changements arrivent. La barbe pousse, ainsi que les poils des jambes. La peau change. On commence à muer et la graisse vient se répartir de manière masculine.

Niveau administratif, comment ça se déroule ?

D.D. : Après avoir commencé le traitement hormonal, on peut changer son nom sur la carte d’identité. Mais le sexe, on ne peut le modifier qu’après s’être fait opérer de l’utérus. Donc, il y a des gens avec une barbe et une voix d’homme qui se retrouvent avec  »Patrick, féminin » sur leur carte d’identité. Il y en a qui se font tabasser pour ça. Légalement, tu ne peux changer ton sexe sur ta carte d’identité qu’une fois que tu ne sais plus procréer avec ton sexe biologique.

Quand un homme devient une femme, on enlève une partie. Mais quand c’est l’inverse, comment fait-on, concrètement ?

D.D. : La phalloplastie, c’est la pose d’un pénis. Une opération lourde et très délicate. Lourde, car on enlève toute la peau de l’avant-bras, ainsi qu’une veine, ce qui laisse une horrible cicatrice à vie, l’os étant presque visible. On peut même perdre partiellement l’usage du bras en question. Les chirurgiens rajoutent un pénis synthétique qu’ils recouvrent de cette peau. Délicate, car le tout est de bien relier l’urètre au pénis afin de pouvoir uriner -debout- de manière optimale. C’est plutôt risqué, très contraignant et très douloureux, selon les témoignages. Il est possible également de rajouter des testicules en silicone ou autre matière synthétique. Ceci est purement esthétique, jamais des spermatozoïdes viables n’en seront produits. Il faut ensuite retourner sur le billard pour se faire placer une petite pompe qui va permettre de pouvoir entrer en érection, ce qui demandera également certaines manipulations. Le plaisir n’est pas garanti, les avis diffèrent. Ces opérations ne sont pas obligatoires pour changer de sexe car, de toutes manières, à partir du moment où l’on prend des hormones et qu’on a fait les opérations précédentes, on est un homme. Les gens n’ont pas un détecteur pour savoir ce qui se trouve sous le pantalon.

Est-ce que tu pourras avoir des enfants ?

D.D. : Oui, je peux adopter. Ou alors, avec ma copine, on peut faire appel à un donneur de sperme. Il y a aussi moyen de se faire congeler des ovules avant de commencer toute démarche. Mais malheureusement, avec toutes les opérations du monde, jamais je ne serai capable de produire des spermatozoïdes viables.

À la fin de la procédure, est-il possible de faire marche arrière ?

D.D. : Une fois que les opérations sont faites, pas question de remonter le temps. Les seins, l’utérus et les ovaires ne vont jamais revenir. La voix, une fois qu’elle a mué, ne va pas redevenir féminine. Quant aux poils, ils ne vont pas arrêter de pousser. La plupart des changements sont en effet irréversibles.

*Alice et Damien Dupond sont des noms fictifs

 

Rebecca Dreisziger

 

2 réflexions sur “Interview anonyme: « J’ai décidé de changer de sexe »

  1. Bonjour Rebecca,
    J’apprécie le fait que de plus en plus d’articles portent un intérêt aux personnes intergenres, et je te félicite pour l’initiative.
    Néanmoins, prends garde à quelques petits détails en ce qui concerne ce sujet… tu parles de changement de sexe. Il s’agit d’abord d’une reconnaissance du genre réel. Le sexe et la sexualité sont dissociables de l’identité de genre 🙂 ensuite, il n’existe en réalité pas uniquement une binarité des genres -> voir les « genres fluides », « queers » et autres, bien présentés par exemple par l’asbl Genre Pluriels. Il existe d’autres points qui mériteraient d’être explicités mais qui n’entrent pas dans le cadre de ton article 😉

    Bonne continuation, au plaisir de te lire 🙂

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    • Merci pour votre commentaire instructif ! En effet, j’ai voulu expliquer le « mode d’emploi » pour changer de sexe et ne me suis pas attardée sur les termes. C’est un sujet très complexe qui mériterait d’avoir un blog qui y serait consacré (si ça n’existe pas déjà). À bientôt dans un nouveau article ☺️

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